Madame Pourquoi : Mais Pourquoi ce Blog ?!

La création de ce blog est le fruit d’un coup de tête et d’un ennui passager. Mais avec du recul, je dirais que c’est selon la définition commune  » un moyen de partage ( d’idées, d’astuces etc.. ) comme un autre  ». J’ai surtout l’intention d’en faire un Bric à Brac de mes pensées et de mes coups de coeur /gueule sur différents sujets et thèmes.

Je suppose que beaucoup de personnes se demandent : Pourquoi ce titre ? Pourquoi Esprit Biscornu ? Et bien, je l’ai choisi parce que j’ai la ferme intention d’aller à travers mes articles jusqu’au bout de mes pensées. Je ne vais en aucun cas m’auto-censurer et j’assumerais chaque mot, chaque phrase et chaque paragraphe.  Parce que oui, je désire jouir de ma liberté de penser jusqu’à la limite du possible.

En peu de mots, ce blog est une invitation à ceux qui aiment voyager au coeur d’autres pensées, d’autres visions, qu’on soit d’accord ou pas, le plaisir de partager est là.

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Le Maroc se découvre enfin

 

 

        Tous les jeunes gens me paraissent odieux. Mais j’envie leur sens de l’irresponsabilité, de l’improvisation (NizanConspir.,1938, p. 98).

 

               Depuis quelques mois, j’assiste malgré moi à des atrocités, et je dois dire que c’est grâce aux réseaux sociaux et à quelques médias pas si professionnels que cela que je vois, que je regarde, que je suis ce qui se passe. La médiocrité n’est pas le bon mot pour décrire l’environnement atteint de maladies spirituellement parasitaires dans lequel je suis, mais plutôt l’irresponsabilité.

           J’ai vu la vidéo de la jeune femme violée dans un transport public, j’ai vu la vidéo d’une femme que des jeunes suivaient dans la rue, j’ai vu toutes ces vidéos où à chaque fois c’est un jeune homme qui viole, agresse, sème la zizanie et fait régner le chaos. Ce qui m’étonne c’est que cela étonne. En effet, tout le monde sait que c’est ce qui se passe toujours et partout au Maroc, tout le monde le sait mais on en parle seulement si une affaire éclate, et c’est le cirque par la suite qui s’ensuit, le cirque car j’ai vu ces clowns de pseudo-intellectuels marocains qui postaient des statuts sur Facebook sur combien les femmes devraient mieux se vêtir et puis retournent leurs vestes pour parler de Simone de Beauvoir. C’est toujours les mêmes encore et encore qui condamnent des actes dont ils sont complices.

                Je dois dire aussi que j’ai l’impression qu’il y’a d’une part une partie des marocains qui vivent dans le déni, ils adorent dire que ce qui se passe est honteux, que cela n’existait pas, et puis donnent à coups de publications la leçon à ces gens du peuples mal éduqués, illettrés, ils ne se voient pas dans la glace, ils oublient combien eux aussi ils suivent les jupons des femmes au travail, combien Ô combien ils ont parlé entre amis de cette femme qu’ils traitent de garce alors qu’ils venaient de prier, ils oublient qu’ils sont aussi impliqués dans cette affaire de viol collectif dans un bus, ils le sont oui, car chaque jour ils violent l’intimité d’une femme, soit par l’irrespect, soit par les insultes misogynes.

        D’autre part, l’autre partie du Maroc est perplexe, incapable de réagir, incapable car elle est sans valeurs, la religion n’est qu’une facade si ce n’est qu’un prétexte pour tout justifier. Au fond les gens sont vides, ils ne savent quoi faire car c’est comme cela qu’ils ont toujours vécu. Je ne crois pas que la pauvreté a quelque chose à voir avec l’éducation, et encore moins la raison principale qui fait qu’un jeune enfant ne connait pas le peu de valeurs et devoirs fondamentaux qui font de lui un être humain.

           Le Maroc est divisé, il ne sait pas quoi faire car il apprend enfin que ce ne sont pas les investissements des Saoudiens qui vont changer le pays, que ce n’est pas la COP 22 qui va nous rendre plus écolos, que ce ne sont pas des ministres rapiats qui ne vont pas voler, que ce ne sont pas les diplômes qui font un esprit intellectuel et qui effacent le sexisme, que ce ne sont pas des enfants qui ont été violés par des pédophiles qui errent encore qui ne vont pas banaliser l’agression sexuelle.

          Le Maroc fait face aujourd’hui à la vérité, ce qui doit tomber doit tomber, sinon il faut le pousser.  Il faut aussi que chacun pense à lui-même, que chacun se replie sur lui-même ne serait-ce qu’un instant, que ceux qui disent qu’ils ne sont pas fiers d’être Marocains, se regardent devant un mirroir et se demandent si le Maroc mérite des gens comme eux. Que chacun porte sous ses épaules cette lourde responsabilité de s’élever vers la grandeur, que chacun s’auto-évalue, que chacun nous épargne la bête qui est en lui. Le pays est en train de se réveiller, secouons-le encore plus fort, mais surtout, secouons-nous.

L’homme est une chose abjecte et vile, s’il ne s’élève au-dessus de l’humanité. »

Sénèque

Zineb Riboua

 

 

Je ne sais pas quoi écrire

Lundi 10 Juillet 2017 à 02h19

          J’ai toujours aimé écrire, des fois sur rien, des fois sur quelque chose, souvent j’ai quelques idées, souvent j’écris quand j’ai une idée… Bizarrement ce soir j’ai envie d’écrire mais je n’ai aucune idée, je pourrais peut-être vous parler de combien j’aime Glenn Gould que je n’arrête pas d’écouter cela fait bien des mois, ou peut-être de combien j’ai adoré mes petites escapades solitaires au Louvre où je me retrouvais seule dans l’étage réservé aux Arts du Moyen-Âge… Mais je n’en vois pas trop l’intérêt, j’ai l’impression de revivre les moments où devant un sujet de dissertation je dois laisser jaillir tout ce que je sais pour ensuite écrire peu, sauf que je ne sais que très peu de choses et le ‘peu’ n’est que poussières. Depuis quand d’ailleurs écrire était conditionné par un sujet d’écriture ? C’est vrai que si un article ne parlait de rien je ne le lirais pas de peur de perdre mon temps, de peur de ne rien apprendre de bon, et si je mettais donc fin à cette habitude mesquine ? Pourquoi je ne lis pas tout ? Depuis quand j’ai ce filtre ? Pourquoi j’ai un filtre ? Il consiste en quoi ? Ne suis-je pas une raciste des livres ? À classer et à catégoriser les livres et articles qui me semblent bons par rapport à leurs origines (essence de l’idée maitresse du livre )? Ou raciste est un mot un peu trop fort ? Pourquoi je me demande cela ? Suis-je devenue politiquement correcte ? Un mot trop fort, depuis quand cela aussi existe ? Et puis ça ressemble à quoi un mot trop doux ? un mot trop chiant ? un mot trop gentil ?

            Bref, je sais par contre que j’aime lire, et si ce soir je ne sais pas quoi écrire, ce qui en soit est le cas la plupart du temps, c’est bien parce que je n’ai pas encore trouvé le moyen ou je dirais la bonne manière, l’authentique manière d’exprimer ce vide, ce trou noir de la pensée que je ressens. Il est vrai qu’avec la peinture ce serait plus facile et le défi ne serait qu’esthétique, mais là c’est tout autre chose. Je voudrais bien décrire avec un peu plus d’exactitude cette situation : Je suis assise sur une chaise, j’essaye de taper sur mon malheureux clavier quelques lettres, je bois du thé en faisant tout cela j’ai toute une théière (berad pour les intimes ) à coté de moi, de temps en temps je regarde à gauche ou à droite, des fois même le plafond, en écrivant je jette un coup d’oeil sur Facebook, je lis les publications de mes amis un peu trop engagés dans la vie politique, chose que je respecte mais bon j’ai la flemme de commenter et de dire combien certaines de leurs positions sont merdiques, je lis aussi en ce moment sur la vie de Cézanne, peintre que j’aime beaucoup… Et puis je reviens sur cette page, j’écris, je repars, je regarde encore vers le plafond, je repense à des souvenirs, je fais un petit tour au balcon, je caresse mon chat Kitty qui ne comprend pas trop ce que je fais à 02h42… Je ne sais pas quoi écrire, je ne sais pas quoi penser.

03h04

       Il est important, pour le bien de l’humanité, que je continue à écrire sur rien, ne serait-ce qu’à titre expérimental, parler de cette écriture comme besoin…

Zineb Riboua

Illusions I : Contre-histoire de l’engagement politique

Le diable est un jeune homme moderne, ouvert et sympathique.
Christian Bobin , Ressusciter ( 2001)

     L’égoïsme, le machiavélisme, l’extrême méchanceté, c’est ce que souvent les gens oublient de mentionner lorsqu’ils sont en train de vous parler de combien il est bon de changer le monde, de combien les gens devraient se rassembler pour une bonne cause… Si selon moi un système de pensée a bien pu saisir l’essence des humains c’est bien le capitalisme ( Hommage à Adam Smith ). Ce n’est qu’en cherchant ce qu’il y’a de pire en lui que l’Être peut être bon.

     Beaucoup oublient, ou peut-être font semblant d’oublier, que derrière chaque intellectuel qui vante la noblesse de s’engager pour une cause noble, se cachent derrière ses mots, ses phrases, ses lettres une petite part d’ego, de passions que lui même n’arrive pas à dépasser et à saisir. J’ai vu, comment on incitait les jeunes gens au lycée à participer au Model United Nations, je crois que même les encadreurs pédagogiques ne se rendent pas compte qu’ils vendent aux jeunes des illusions, une illusion d’un monde où des pays se parlent, d’un monde où on pourrait établir la paix par le dialogue …  Car maintes fois ces mêmes jeunes gens ne se supportent pas et se détestent lorsque l’un est plus brillant que l’autre, ils voient d’ailleurs chaque jour au JT comment un pays bombarde un autre pour des raisons tellement stupides que dans les cours d’Histoire on les appelle de compliquées. L’engagement politique est un engagement purement amoral, et cela on ne l’explique pas, ou du moins on ne veut pas. On croit que la politique et la morale devraient se faire une grande accolade et faire le chemin ensemble vers la création d’une sorte de paradis humain… Alors que souvent on ne se demande presque jamais si cela en vaut vraiment la peine? Et puis pour qui ? Comment pouvez-vous demander aux gens d’aimer autrui alors qu’ils ne s’aiment pas eux-mêmes ? Comment pouvez-vous demander aux gens d’oeuvrer pour la paix alors que les uns sont jaloux des autres ?

  Ceci est loin d’être un discours purement pessimiste ou fataliste, je crois que ce sont des interrogations constructives bien loin des publications Facebook du type : Voici une histoire émouvante de …. Je suis de ceux qui refusent de sacrifier leur vie, leur raison pour une sorte de loyauté envers une idée, ce serait d’ailleurs stupide d’en avoir qu’une. Les politiques ont un coût social qui poussent à prendre certaines positions pour protéger, nourrir et caresser une certaine classe ou communauté, mais sachez bien que votre position est non seulement conditionnée par ce que vous êtes, mais par les illusions qu’on vous a souvent fait gobé, et que votre bonne intention ne sert à rien, qu’au contraire des fois ne vous conduira que vers un monde souterrain car vous ne cherchez pas la vérité. A part si vous l’assumez totalement.

Et quand on leur dit : « Ne semez pas la corruption sur la Terre », ils disent : « Nous ne sommes que des réformateurs ! » (11)

 [Sourate 2, al Baquarah, versets 11-13] Coran

  On apprend pas assez aux jeunes gens combien les gens sont menteurs, on ne leur apprend pas assez que derrière les grandes étiquettes : Transparence, Solidarité, Amour… il n’y a pas grand chose. Même Platon y pense toujours. Ceux qui croient toujours en une société en harmonie crèveront dans la pire des illusions. Même en Suède à mes yeux tout n’est qu’une surface..

   Si on vous demande de faire du bien ce n’est que parce qu’on sait à quel point vous pouvez être cruel et non pas parce que vous êtes bon (sinon jamais on ne vous demandera de faire quelque chose … ).

      Ces hommes-là sont de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, déguisés en apôtres de Christ. 14. Et cela n’est pas étonnant, puisque Satan lui-même se déguise en ange de lumière. 15 .Il n’est donc pas étrange que ses ministres aussi se déguisent en ministres de justice. Leur fin sera selon leurs oeuvres.
  2 Corinthiens 11 ( Bible )

     Méfiez-vous donc de ceux qui disent vouloir changer le monde, de ceux qui vous parlent de causes plus grandes que leur 1m80, de ceux qui vous parlent de valeurs alors qu’ils n’hésiteront pas à vous mentir, de ceux qui distinguent les bons et les mauvais, de ceux qui cherchent tout le temps à être cohérent, de ceux qui traitent les autres de cons si ils ne partagent pas le même système de croyances qu’eux ( Hommage à Hegel). Laissez-vous guider par votre intelligence, votre propre intelligence et surtout, n’ayez pas peur de vous contredire.

“Satan a séduit le pape en lui offrant le pouvoir…  ‘

Vassili Vassilievitch Rozanov, Esseulement (1910 je crois)

 

luciferjudassatan

Zineb Riboua

 

Thé et lyrisme (Sagesse du thé)

 

La journée de Mademoiselle Carridge avait un noyau, à savoir la bonne et forte tasse de thé qu’elle prenait dans l’après-midi. Il lui arrivait parfois de s’attabler devant cet élixir avec la conviction de n’avoir rien négligé des choses qui rapportent et de n’avoir rien fait des choses qui ne rapportent pas.
Murphy de Samuel Becket.

Le Thé, boisson millénaire qui se consomme chaude ou froide, avec ou sans menthe, avec ou sans sucre, avec ou sans Gyokuro… Ce qui est magnifique avec le thé c’est sa capacité à s’adapter aux goûts, autant d’arômes que d’individus… Ce qui est aussi remarquable ce n’est pas que la question du goût, mais de son goût symbolique.

Le thé m’inspire une manière de voir les choses ( je n’aime pas parler de style de vie, expression mondaine), boire du thé c’est d’abord satisfaire un besoin superflu, presque un luxe, on est loin, bien loin de la nécessité qui en ferait quelque chose de biologique, instinctive, dépourvue d’une marge de liberté. Boire du thé c’est se sentir libre, on choisit le thé, on l’a élu, on lui offre notre corps et notre esprit. Et puis, le thé avant d’être bon, il est beau, liquide, pas tout à fait transparent ni opaque, une odeur douce, pas trop forte non, juste ce qu’il faut. Il est Équilibre et Ordre. La petite tasse a aussi sa grande importance, ce n’est pas n’importe quelle tasse, elle est spéciale,  La tasse à thé.

Le thé c’est aussi une structure, on peut énumérer trois moments fatidiques : Moment de la préparation, le moment où on le boit, et le Après. Le moment de la préparation est intime, on prépare comme un petit chimiste les ingrédients, on les sélectionne minutieusement, on commence à faire un schéma qui retrace le processus de son élaboration et on n’oublie pas de tout faire avec soin, avec grand amour pourquoi pas. Avant de le boire, il faut s’assurer que cet instant sera éternel, on profite au maximum, on épuise les secondes, on absorbe tout ce qui avec, on se laisse aller, on se donne, on plonge et on ne revient pas. Sauf que la tasse de thé est aussi finie que notre vie, on doit affronter le Après, affronter et confronter le réel avec un corps rempli de théine, c’est comme après avoir rechargé des batteries. Quatre fois plus fort, la dose de thé est riche en euphorie. Le après n’a plus aucune espèce d’importance, pourvu qu’il ne dure pas trop longtemps avant la prochaine tasse.

Le thé c’est une sagesse, le boire procurera bonheur mais produira une illusion qu’il va falloir entretenir.

 

Zineb Riboua

 

Crises : Asthme et métaphysique

Mon expérience avec l’asthme et la rhinite allergique est une expérience assez particulière. C’est vrai que c’est une maladie chronique assez handicapante, assez chiante comme on dit. Mais sans elle je ne crois pas que j’aurais eu la possibilité de comprendre bien des choses…

Comme j’ai des crises existentielles, j’ai des crises d’asthmes, je ne peux plus penser à l’une sans l’autre car pour moi elles se complètent. Je m’explique :

L’asthme c’est un peu le résultat d’une symbiose  avec son environnement, c’est-à-dire qu’on est tellement sensible à ce qui nous entoure, à l’air,  aux petites particules, que même les petits acariens qui ne font de mal à personne nous affectent.  C’est une hypersensibilité corporelle qui se traduit par une toux, un essoufflement, une gêne permanente des fois… Mais c’est aussi une hypersensibilité imprévisible, tout peut aller parfaitement, un peu de stress, un chouia d’allergènes par ici ou par là, oublier de prendre son traitement et bam ! Crise d’asthme le soir. Rien de grave à mes yeux, heureusement que les médicaments existent, heureusement que je suis asthmatique aussi, je n’aurais sinon aucun point commun avec Proust. Il y’a quelque chose selon moi de fascinant dans la maladie chronique, elle n’est là que pour me rappeler que mon corps fonctionne comme mon esprit.

Avec l’Asthme j’ai comme eu la conviction que je suis en harmonie avec l’existence matérielle, tout peut m’affecter et  je n’y peux rien, je n’y peux rien mais qu’est ce que c’est beau ! C’est comme si j’avais un pouvoir surnaturel de ressentir le monde tangible comme j’arrive à ressentir mes problèmes métaphysiques… Merci Platon.

Je suppose aussi que mes crises existentielles sont aussi chroniques, des fois je me pose une centaine de questions et je me mets au régime sec composé d’une dizaine de dissertations spirituelles, je m’oblige à trancher, si je ne tranche pas je sombre. Je sais à ce moment là que mon médicament est la lecture. Un peu de Flaubert, un peu de Kafka pourquoi pas… Rien de dépressif mais un cycle normal où euphorie et écoeurement se rencontrent fréquemment, un cycle Juglar humanisé.

C’est donc cela la vie philosophique, quand le corps et l’esprit ont la même sensibilité. Grâce à cette certitude je sais maintenant que Ventoline et les livres sont essentiels à mon asthénie intellectuelle ou physique, à ma vie.

Que la quête vers la surfemme continue…

 

Zineb Riboua

 

Conversation avec le Néant

 

Avant de dormir on est seul, on pense à deux ou trois choses avant de sombrer dans l’obscurité absolue. Beaucoup aiment dormir, mais moi j’aime le moment antérieur. Le moment où on ne fait que regarder le plafond, on est seul. Rien ne bouge, rien ne parle, il n’y a que nous et le rien. Moment de solitude, intense et glacial. On peut se laisser distraire en pensant à ce qu’on a fait durant la journée, repenser à toutes ces fois où on était heureux ou avec un brin de nostalgie se dire que c’était bien avant… On peut aussi ne rien faire, ne pas penser à des choses qui sont en nous et penser à ce qu’il y’a autour de nous : un lit, un plafond. On se sent tout petit, minuscule, insignifiant. On se voit exactement comment l’Univers nous aperçoit. Une petite merde parmi les 7 milliards d’autres.

C’est aussi le moment où on voit vraiment qui on est, on rencontre le Rien, on a l’impression que le temps s’est arrêté, tout devient lent, tout tourne au ralenti, chaque seconde peut devenir un calvaire si on a peur. Mais non, il ne faut pas avoir peur, il suffit de se détacher de l’idée qu’on est quelque chose, on est rien au fond ! On pense être quelque chose avec tout ce qu’on nous dit tout au long de notre vie, mais il ne faut pas oublier qu’on est vide. Ce ne sont que les idées, que les autres, qui font de nous quelque chose. En rencontrant le Néant on devient soudain plus humble. On sait qu’on est rien, le Néant sait aussi qu’il l’est et il sait qu’on le sait, mais il reste avec nous. Rien de plus rassurant. C’est tellement beau de se sentir petit, de le sentir et d’en avoir pleinement conscience. On est ce petit coup de pinceau qui semble dans une toile sans importance mais sans ce coup de pinceau le tableau ne serait pas le même ! Rien que cela !

Ma conversation avec le Néant n’est pas une conversation où on se dit quelque chose, on a rien à se dire, on ne se parle pas, on se comprend. Naturellement cela peut paraître bien absurde, mais ce n’est pas du tout le cas, car avec le temps, avec les diverses conversations qu’on aura avec le Néant, on va se rendre compte que ce qui est bien plus absurde c’est dormir sans savoir qui on est.

Zineb Riboua

Autosuffisance et construction de soi

J’ai remarqué, ce qui est tout à fait normal dans une société comme la nôtre, l’importance qu’on accorde aux choses et aux perceptions d’autrui sur nous. On est souvent d’ailleurs plus concentré à acquérir que construire. Autour de moi je vois des gens parler de coaching pour avoir plus de confiance en soi, mais jamais de vous n’avez besoin de personne pour avoir confiance en vous. J’en avais assez marre de voir des gens se plaindre sur les remarques que font les autres sur eux, sur combien ils se sentent isolés ou pas assez acceptés. C’est pour cela que j’ai tendance à mépriser les combats relatifs à l’adhésion de soi dans un groupe social, personne ne devrait se sentir obligé de vous accepter comme vous êtes. Parce que franchement qu’est ce qu’on s’en fou de comment les autres peuvent bien nous percevoir… Bref, commençons.

 De Arthur Schopenhauer / Aphorismes sur la sagesse dans la vie

 

L’autosuffisance consiste à enfreindre la règle principale de la vie en société en réclamant :  Vous n’avez besoin de personne et de rien. Il suffit d’ailleurs de se poser quelques minutes et d’y songer pour s’en rendre compte. C’est souvent une question d’estime de soi.  Tant qu’on aura besoin de l’approbation des autres pour déterminer si notre comportement, notre esprit, notre corps, notre façon de parler sont bons ou mauvais, on ne fait que vivre comme esclave. Cynique oui, mais extrêmement libérateur. Rien n’est plus chimérique que de perdre son temps à plaire aux autres. Le conformisme tue chaque jour des milliers de personnes. Il tue ce qu’ils ont de plus précieux : leur identité.

L’autosuffisance c’est être conscient de sa propre richesse intérieure car elle est par essence unique. C’est aussi jouir de ce bien dont nous sommes les seuls possesseurs et maîtres. Par contre, cette richesse c’est à nous de la déterminer, peut être qu’elle réside dans notre amour pour les poissons, pour les chats, que sais-je ? C’est tout simplement répondre à la question de Qu’est ce que je veux être ? Puis de construire sa vie autour de cette question et de ne jamais oublier que rien ne devrait nous catégoriser ou nous définir, même pas nos ambitions. Mais il faut avant tout passer du temps seul pour être capable de s’estimer autosuffisant ( Leçon de Bouddha). Tant qu’on aura besoin des autres ou des choses matérielles et mêmes de certaines idées nostalgiques pour combler le vide qui est en nous, nous sommes toujours et encore prisonniers.

Une construction de soi tout en gardant son autosuffisance c’est construire une personnalité plus solide que l’acier. C’est avoir une force titanesque. Il s’agit de se voir comme une plante qui se nourrit d’elle-même, de son propre amour et de son imagination. C’est pour cela que la question du bonheur est si difficile, on  recherche la réponse souvent ailleurs en se mettant des barrières et en devenant extrêmement dépendant des autres et des objets aussi éphémères que le passage des nuages dans un ciel.

Les émissions de télé-réalité projettent des gens souvent désespérés qui disent : Oh je veux changer, je veux m’habiller comme cela et porter ceci. Alors que non, la personne ne veut pas changer, mais se retrouver et se reconstruire car elle a perdu tout son temps à s’intéresser à des choses futiles. Les relookings centrés sur l’habillement sont aussi tout à fait illusoires puisque le relooking le plus sensationnel est celui qu’on devrait faire à notre esprit.

L’autosuffisance est selon moi le plus haut niveau de puissance. J’adore le goût du pouvoir, surtout celui que j’ai sur moi-même.

 

Ce serait facile si tout va bien

Souvent on s’imagine des choses, on gribouille une vie toute faite bien faite qu’on voudrait s’offrir, on se donne des serments de chevaliers sur des choses qu’on veut accomplir. On s’imagine que si on suit le chemin tracé tout irait bien. On s’imagine qu’appliquer tout à la lettre pour accomplir la mission demandée suffirait. La vie ne sait pas ce que la logique veut bien dire. Ce serait trop facile si tout allait bien. Ce serait  juste ennuyeux à ses yeux.

À vrai dire, la vie j’en parle comme une personne parce que peut-être c’est ce qu’elle veut, elle voudrait que je la traite comme une personne que je voudrais assasiner si il m’arrivait de la croiser. Elle vous fait des choses horribles et vous les fait accepter au nom du destin. Je n’en veux pas de son destin à elle, non merci. Je sais de quoi elle est capable et rien que de le savoir me suffit. Amplement oui !  J’imagine que la souffrance c’est ce qu’elle aime, vous faire souffrir chaque instant, rien que de la peur si ce n’est autre chose. La peur de tout perdre et de se prendre quand on suit son propre chemin. De perdre des âmes qu’on aime bien, sa tranquilité, sa joie… La vie c’est Sade.

Mais ce serait trop facile aussi, de renoncer je veux dire. De la laisser faire. Je me rebelle contre la situation de ma propre existence. On ne peut pas passer son temps à déprimer envers des choses qu’on ne choisit pas. Ce qu’on peut faire par contre c’est l’écraser, voir ses entrailles se disperser, ne donner d’importance qu’au chemin qu’on veut suivre, qu’à la destination finale. On risque de perdre des gens et des choses, mais est ce qu’ils tiennent aussi à ne pas se laisser faire? Rester fort quoiqu’il arrive c’est ce qu’elle ne veut pas, elle fait tout pour. N’apparaissent les jolies fleurs qu’après avoir souffert de pousser. J’avais toujours l’idée qu’il fallait rester brave, influence de Nietzsche certainement. Mais sans ce qu’on appelle la vie l’idée ne verrait certainement jamais le jour.

Je ne suis plus dans l’explosion, mais dans l’implosion. Je suis cette étoile morte qui va finir par tout emporter, intérieurement elle est robuste, elle s’auto-suffit.Je suis aussi dans une guerre intergalactique contre moi-même et contre ceux qui incarnent le visage de la laide vie qui veut m’avoir. Prise malgré moi dans ce combat intérieur entre laisser tomber ou continuer, j’essaye de choisir ce qui pourrait le plus  contrarier mon ennemie. Une simple question de tactique. Les sentiments sont à supprimer. Laisser tomber fera que je perdrais tout, mon estime, mes rêves, mes envies… Continuer me ferait perdre des choses temporaires, pas assez solides pour suivre la cadence, pas assez importantes pour pouvoir s’accrocher et s’enraciner en moi finalement. Oui je crois que c’est cela pas la peine de faire des faux sourires, il faut continuer, la vie n’aime pas cela, il faut continuer.

 

Survivre dans un milieu patriarcal

Je suis une femme, on me le dit, on me l’a dit, on me le répète tout le temps. Le problème n’est pas là,  le problème est ailleurs, il est dans l’esprit des gens conditionnés dans un milieu patriarcal. Je tiens juste à préciser que je méprise les femmes autant que les hommes, je ne suis pas du tout dans la valorisation d’un sexe, mais dans la haine égalitaire des deux, je crois qu’on devrait juste oublier l’identité sexuelle d’une personne et fonder un monde ( ? ) où règne la méritocratie ( bref c’est un autre sujet). Ce qui m’intrigue par contre, c’est comment on essaye de m’exclure intellectuellement de certaines conversations, certains même vont plus loin pour me conseiller de ne pas lire ou de ne pas aimer tel ou tel auteur parce qu’il parle surtout des hommes. L’exclusion n’est pas qu’intellectuel, mais elle va plus loin pour faire comme si je n’existais pas. Parce que je suis une femme qui aime bien lire des hommes, on me voit comme faible. Faible dans le sens où on considère que seulement les hommes devraient avoir accès à ce savoir, c’est fait par des hommes, pour des hommes. Une femme c’est émotif, sa sensibilité s’arrête à la description d’une jolie fleur. C’est même très mal vu d’être une femme avec des opinions, il suffit que j’assume un propos pour qu’on me sort : Ah mais les femmes elles sont toutes comme ça.

C’est si étonnant, que si une femme excelle dans un sujet on essaye très vite de la démonter. Par exemple quand on sait que :

  • J’aime l’Art
  • J’aime la littérature et la philosophie

Un homme essaye de se montrer supérieur en sortant avec les conclusions suivantes :

  • Elle est sûrement conne dans bien d’autres choses ( ce qui est scientifique par exemple)
  • Elle est pleurnicharde

Cela m’amuse tellement, puisque quand un homme ( des femmes aussi le font )  ne trouve pas d’autres arguments pour me disqualifier intellectuellement, qu’il me dit : Tu es bizarre. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai nommé mon blog : Un Esprit Biscornu, j’assume cette bizarrerie que peu peuvent comprendre et même accepter. Je sais bien que c’est terrible, que juste parce qu’on est une femme on suppose bien des choses ignobles sur vous. Je le sais. Mais ma vengeance sur le milieu patriarcal dans lequel je suis, consiste à ne pas m’arrêter, de contrarier ceux qui veulent que je reste à la cuisine et que mes idées s’arrêtent à savoir quoi faire pour le dîner. Cela ne m’attriste plus, d’entendre des gens me demander gentiment de ne pas lire Nietzsche parce qu’il parle des surhommes et pas des surfemmes, de ne pas lire Schopenhauer parce qu’il est misogyne, de ne m’intéresser qu’à ce que eux supposent bon pour moi. Je suis libre. Je ne voulais pas parler que du Maroc, parce que partout : Un esprit libre fait peur, celui d’une femme encore plus. Je suis cette Ève qui aime croquer les pommes de l’arbre de la connaissance,  car même si le châtiment de ma société est pénible ( exclusion sociale, catégorisation …), le délice auquel j’ai pu goûter est à jamais transcrit en moi et rien ne m’empêchera d’atteindre ce bonheur auquel on veut tant me priver.

Zineb Riboua